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Baisse de la pollution de l’air à Annecy : et demain ?

Savoir transformer les périodes difficiles en opportunité de changement fait partie des stratégies de résilience.

En matière d’aménagement du territoire et de gestion de la qualité de l’air, le confinement a permis de porter un regard inédit sur la ville : largement délestées de leur trafic automobile, les rues ont offert aux Annéciens les vertus d’une ville apaisée : baisse des concentrations de certains polluants, cheminements piétons sécurisés, déplacements à vélo facilités, silence laissant affleurer les sons de la nature…

Bien sûr, contempler une ville désertée de ses habitants a aussi quelque chose d’angoissant. Mais la situation fait ressortir de façon marquante la place importante prise par la voiture dans l’aménagement du territoire urbain : emprise au sol des véhicules en stationnement, taille des aménagements dédiés à la voiture (rapport de proportionnalité entre les routes, les trottoirs et les aménagements sécurisés pour les vélos, parkings…) et impacts divers sur la qualité de vie.

Sans le trafic quotidien, cette période est idéale pour expérimenter de nouveaux aménagements en vue du dé-confinement, repenser la ville et transformer ses stratégies de mobilité (voir notre post du 16 avril sur ce sujet).

Malheureusement, la ville d’Annecy n’a pris aucune mesure concrète pour le moment et ne sera assurément pas prête à expérimenter de nouvelles mobilités dès le 11 mai. Pourtant, plusieurs études ont montré que la pollution de l’air est un facteur aggravant de l’épidémie, sans parler d’autres maladies chroniques.
Atmo Auvergne-Rhône-Alpes s’est positionné sur le sujet en ces termes : « Alors qu’un déconfinement progressif va s’amorcer à partir de la mi-mai, il ne faudrait pas qu’une reprise de l’activité économique et donc du trafic routier viennent annihiler les améliorations observées ces dernières semaines en matière de qualité de l’air. »

En effet, la baisse de la pollution de l’air est un autre effet collatéral positif du confinement. Une étude européenne publiée le 29 avril dernier par le Centre for Research on Energy and Clean Air (Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur, CREA), un organisme indépendant basé en Finlande, montre que le confinement a fait baisser les émissions de dioxyde d’azote (NO2) de 40 % et celles des particules fines de 10 % pendant le mois d’avril (-44 % et -8 % pour la France. -66 % pour Annecy !). L’analyse a porté sur 3000 stations de mesures européennes et a pris en compte les variations météorologiques pour comparer avril 2020 aux mois d’avril des autres années.

La France fait partie des pays où la baisse de NO2 a été la plus importante.

Une des explications de ces résultats est la baisse de consommation de pétrole, « liée principalement à la réduction du trafic routier. »

Bilan sanitaire de l’étude ?

11000 morts évitées en Europe (1200 en France), 6000 cas d’asthme évités chez les enfants, 600 naissances prématurées en moins. Les particules fines, elles, ont moins baissé. Elles ont même stagné, voire augmenté par endroits. Des analyses plus poussées devront être faites pour déterminer précisément leur provenance (chauffage au bois, épandages, industrie, trafic routier) et mettre en place les mesures adéquates pour qu’elles soient réduites.

Enfin, la réduction du trafic automobile permet aussi la réduction des GES (Gaz à effet de Serre). 30 % des émissions de gaz à effet de serre sont dues au transport en France (dont 53 % aux véhicules individuels). Cette donnée est importante pour la gestion de la crise climatique en cours, puisque les émissions de GES sont reparties à la hausse depuis 2015 et que la France ne respecte pas les objectifs qu’elle s’était fixés dans le cadre de l’Accord de Paris.

Alors, que faire pour améliorer la qualité de l’air et le quotidien des Annéciens ?

Le sujet est complexe car beaucoup de données sont liées. Ce qui est certain, c’est que le développement massif des infrastructures et des initiatives permettant l’usage sécurisé des modes doux (marche, vélo, etc.) et le développement d’une ville apaisée aura un impact fort sur la qualité de vie des habitants et sur les taux de pollution et de GES.

Au niveau local, il faudra poursuivre également la rénovation énergétique des bâtiments, la modernisation des modes de chauffage et mettre en œuvre des stratégies limitant l’impact de l’industrie et de l’agriculture.

Chiffres clés

En 2016, la pollution aux particules fines a entrainé la mort d’environ 400.000 personnes en Europe, 6,4 millions dans le monde. La même année, 71.000 morts ont également été attribuées à la pollution au dioxyde d’azote.